Dans ma pratique d'internaute, je laisse peu de commentaires en réaction à un billet. La plupart du temps, je préfère m'abonner à un site, le suivre de très près, et si besoin, envoyer un
petit mot par mail. Une ombre fidèle et discrète dans une armée d'ombres. A chacun sa place, non?
Je sais, par divers outils statistiques, que mon site est lu, parcouru, mis en favori. Il a sa propre armée d'ombres, fidèles et discrètes. Mais, plus que ce partage, essentiel évidemment,
m'importe profondèment ma propre insolence, ma seule et propre ombre, la seule impliquée. Au risque de paraître présomptieuse et peu concernée, j'ai l'ai évoqué dans deux récents billets
:
Faim? Manger. Soif? Boire.
Quand je mange, je mange; quand je dors, je dors
En fait, je crois que je tiens ce blog comme on écrit un livre. L'écrivain dessine, pave un chemin qu'il ouvre aux passants. Il ne le pave pas pour les passants, c'est avec lui seul qu'il chemine
de la première à la dernière pierre. Le lecteur est une perspective, le lecteur n'est pas une destination. S'il est valable en presse écrite, le principe "Ecrire pour être lu" l'est
moins en littérature. Se pose alors la question : sans lecteur, l'écrivain est-il écrivain? Personnellement, je réponds "oui". L'écrivain est le gâteau, le lecteur, sa cerise. Sans cerise, le
gâteau reste gâteau. Avec, c'est mieux, mais sans, c'est tout autant. Ce qui n'empêche bien sûr pas les gâteaux de ressentir l'absence du poids de la cerise. Mais c'est un deuxième temps, quasi
anecdotique au regard du premier temps où le gâteau est. Il est, point barre.
Retour sur ma posture d'internaute dans laquelle j'ai parfois besoin de me prêter au jeu de l'internaute, jouer et respecter les règles, ne retenir que les échanges de commentaires instructifs,
plaisants, mignons, écarter le flot d'insanités, de riens, de
lynchage, de buzz, de complaisance, de bruits.
Aujourd'hui, j'ai donc laissé deux commentaires, atteignant mon quota habituel mensuel. Si le premier s'est dilué aussi vite qu'il fut déposé, sort propre aux milliards d'ombres, le second, hélas,
a mis en exergue le manque flagrant d'humour, de dérision et de détachement observé dans les échanges virtuels. Les bloggeurs seraient-ils sur la défensive?
Démonstration.
Je laisse donc cette après-midi un commentaire sur ce site consacré au web et dont je lis avec délices les billets quotidiens. Le billet pose la problématique de l'administration d'un site
web et des liens entre clients et agence web. Je réagis à ce passage :
"Bref, une sorte de charabia informatique qui, ajouté à la dimension parfois ésotérique du web pour les néophytes (bon courage pour trouver dans un forum une solution
à son problème d’affichage si on n’est pas nerd au dernier degré) fera fuir la plus consciencieuse des assistantes. Même après trois jours de formation appliquée"
(mon commentaire)"
…Hum… je serais donc la seule à réagir sur un léger vice de forme de cet excellent -toujours- article de X ? Je ne suis pas geek, je ne suis pas
nerd, je ne bosse pas dans le hight-tech ni le web mais j’adore et je lis tous les jours X. C’est ce genre de site qui me réconcilie avec l’info et les médias, les deux dadas.
Mais… Mais je suis une femme et j’ai senti un truc réagir quand j’ai lu dans cet excellent article :
“…fera fuir la plus consciencieuse des assistantes.”
Rose pour les filles, bleu pour les garçons? Un assistant mec, ça existe pas? Néophyte, ça se conjugue pas au masculin? C’est quoi ce vieux cliché qui se ramène?
- Eric, bien serré le café s’il te plait!
(clin d’oeil)"
ce à quoi l'auteur du blog a répondu
"tu me fais un mauvais procès, si tu lis régulièrement X, tu dois savoir que tu auras du mal à trouver ici des traces de machisme ou des clichés de ce type
Je te rassure, pour moi il n’y a pas de sexe pour être néophyte, en web
ou ailleurs. Il se trouve que dans ma petite expérience chaque fois que j’ai prodigué une formation à la gestion d’un site, c’était la plupart du temps auprès d’un public féminin (assistantes,
donc, mais aussi responsables de com ou commerciales)."
Lui faire un mauvais procès? Où ça? Je lui faisais un clin d'oeil.
Vous aurez relevé qu'il avoue lui même faire d'une petite expérience une généralisation (sourire vache et... joueur, ne l'oubliez pas).
Je ne dois pas savoir faire. Dans le jeu des commentaires, j'ai du zapper une règle. Vous croyez que si j'ajoute une rasade de smileys pliés en deux il me demandera le nombre de sucres dans le
café?